vendredi 3 mai 2019

Rencontre du 26 juin 2019: Vincent Jarousseau

26 juin 18-30

Vincent Jarousseau "Les racines de la colère"



Né à Nantes en 1973, Vincent Jarousseau est photographe documentaire, membre de l’agence Hans Lucas et du collectif de journalistes indépendants « Les Incorrigibles ». Il est l’auteur avec l’historienne Valérie Igounet de L’Illusion nationale, roman photo sur les électeurs du Front national publié en 2017 aux Arènes et qui fut l’occasion d’une première rencontre à la librairie.



Pour ce nouvel ouvrage quelle différence cela fait-il de travailler seul?
C’est un changement mais dans la continuité. C’est une démarche documentaire qui a duré deux ans, un projet démarré alors que L’Illusion nationale n'était pas encore sortie. J'aime les démarches approfondies, les rencontres, la parole ; alors que la photographie est mutique, il s’agit ici du recueil de la parole. C’est donc un travail mené à l'automne 2016 à Denain. Le roman-photo est un genre que nous avons initié (en dehors de La Fissure de Carlos Spottorno et Guillermo Abril) (1). Ce genre peut attirer un autre public que celui qui achète des livres sur la photo...

L’Illusion nationale a été finie à l'été 2016. Comme photographe je voulais m'attacher à un territoire, à la manière de Christian Boltanski. Denain est une ville qui a un contexte économique et sociale particulier, qui a vue disparaître ses usines en 1979 en même temps qu'à Longwy, mais à Denain il n'y a pas le Luxembourg à côté ! Il y a la Wallonie, ce qu’on appelait anciennement le Pays noir... C’est donc une démarche d'approche documentaire, très longue. C’est le territoire de Sébastien Chenu (2), c’est également là qu’a eu lieu l’annonce de la candidature de Macron. Il y a une distorsion entre le système de valeurs des gens que je rencontre et les valeurs mises en avant dans la campagne de Macron. On y retrouve le thème de la mobilité : "En marche ". La mobilité apparaît dans la communication : il faut bouger pour s'en sortir... Il y a la création du « Forum Vies mobiles » (3) en 2014 où des chercheurs interrogent la notion de mobilité...  Tout cela a donné lieu à des allers-retours pour structurer le projet, ce fut également une nourriture intellectuelle.  Point commun avec L’Illusion… il n’y a pas d'intermédiaires. Je vais directement voir les gens. Pas de filtre, il y a un engagement de ma part mais également de leur côté : dans la vie d’un routier par exemple, il y a parfois des imprévus, cela suppose d'instaurer un lien. Je vis avec eux, six à dix jours par mois.

Faire parler c'est une chose, et puis il y a l'image...
C'est un peu la morale de ce livre : l'altérité. A la fin il y a une lettre adressée au président. Il y a actuellement une atomisation, on ne se connaît que de loin, les gens ne se rencontrent plus. Je vais d'abord m'intéresser aux conditions de vie : quels sont nos besoins les plus essentiels? La mobilité est symbolique des injonctions morales. On prône une nécessaire adaptation des gens et une élite donne un mode de vie utile pour elle, cela se voit déjà aux États-Unis au début du siècle. On projette une vision qui ne correspond pas à la réalité.  Le taux de mortalité est de 60%, le taux de bacheliers est de 13%  et le taux de chômage des jeunes de 54%! C’est quasiment le score du FN aux élections législatives de 2017! Les jeunes s’orientent vers les métiers de la route et du BTP, la question de la mobilité se pose pour eux. Dans un couple la femme est plutôt immobile...
On a 3 grands catégories :
- les personnes très mobiles  mais qui connaissent des contraintes et des vies abîmées
- les personnes à la mobilité contrariée : elles n’ont pas de problème pour bouger mais il y a un frein : elles n’ont pas le permis. Permis = diplôme. Le permis de conduire est payant, c’est donc discriminant. Il peut également y avoir des freins administratifs…
- les personnes qui ne travaillent pas et vivent de minima sociaux. Il y a des tensions même parfois à l'intérieur d'une même famille entre ceux qui sont mobiles et les autres...
Je voudrais vous parler du début !  De la photo et de la BD! C’est une séquence de dix-sept pages. Ce livre est sorti quarante ans après les grandes grèves de Longwy et Denain. Il faut remonter aux origines pour comprendre les mutations économiques du territoire. Les personnages qui racontent dans la BD ce sont les personnages de l'époque : la grand-mère et les deux syndicalistes parlent dans la BD et continuent à parler dans le roman-photo.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Désir de témoigner ?
C'est un témoignage. Pour L’Illusion…  j'arrive un matin à Hayange. Je suis impressionné par la masse. Denain c'est pareil. Comment faire en sorte que celui qui va me lire va lire autrement que ce qu'il croyait savoir ?
Je n'ai pas envoyé le livre aux personnes avec qui j’ai travaillé. J'attendais de leur donner en mains propres. Une rencontre a été organisée…  Il y a eu une réaction négative de la maire : « On dit encore ça de Denain ! ». On avait la médiathèque mais aucune information de la mairie : 150 personnes étaient présentes. Tous les protagonistes étaient extrêmement fiers. « Vous avez redonné de la dignité à Denain ! » a dit une ancienne institutrice à la retraite.
Il y a un contrat moral dès le début : tous les  propos sont validés par les personnes. Les huit familles sont aussi les co-auteurs. Elles sont visibles ! Documenter les fractures c'est rendre justice aux personnes qui ne sont pas représentées. On compte 3% d'ouvriers dans les médias alors qu’ils représentent 45% de la population ! Combien d'ouvriers à l'Assemblée nationale ? Je voulais rompre avec ces « invisibilisations ». Les Gilets Jaunes, c’est une forme de réponse, on voit le gilet mais moins le visage...
Le livre se termine par le mouvement des Gilets Jaunes. Il ne s'agissait pas d'aller au delà de les familles. Il y a ceux qui s'engagent... On raconte le mouvement dans les cuisines. C'est très présent. On voit la verticalité du débat politique. Nombre des protagonistes réagissent aux propos sur le « pognon de dingue », ceux qui sont au RSA, ça les touche. Les corps intermédiaires n'existent  pas.  Ils ne sont pas dans leurs vies.
A propos du livre envoyé à Macron : j’ai reçu un mot assez convenu écrit à la main. Il n'ignorait pas, il connaissait… mais il a répondu !

Question du public à propos de la taille de la ville de Denain :

Ce sont plutôt des grappes de villes... on peut compter 160000 habitants, c’est un peu comme la Fensch.
Il y a des fiches statistiques à chaque début de chapitre.

 

Y a-t-il eu des surprises à la sortie du livre, concernant la presse, ce que le livre suscite comme réactions ?


Ces gens on les croise, on croit les connaître. Et non! Ce qui m'a impressionné c'était le courage déployé pour faire face. On voit la façon dont les choses sont organisées : les modèles disponibles du libéralisme, le ruissellement c'est un ruissellement du côté de la consommation, nous sommes passés d’une société de production à une société de consommation…
Encore un mot sur la forme roman-photo : on a moins de personnages et on passe plus de temps avec chaque personnage. Pour le lecteur c'est quelque chose de très immersif. Retranscrire des propos enregistrés ça donne un souffle romanesque. En presse c'est très compliqué mais il y a eu une proposition de Ruffin dans Fakir, un folio dans Le Nouvel Obs...  Il faut vraiment une maîtrise de A à Z quand on fait un roman-photo. Dans la presse ce n’est pas possible. On s'inscrit beaucoup plus dans les BD de reportages comme celles de Joe Sacco. Ça fait 20 ans que ça existe, c'est rien...

A propos d’empathie


L'empathie on est obligé d'en avoir mais il faut garder une certaine distance. Le fait de revenir à Paris permet ça. Guillaume m'envoie un message alors que j'étais à Turin : « T'as la belle vie ! »
Alors est-ce que ça a changé leur vie? Ça leur apporte quoi? Par rapport à l'estime de soi ce n’est pas rien. Loic a décroché un contrat d'insertion et il l'a encore! S'il a décroché le contrat c'est parce qu'on a publié un folio dans Médiapart, le directeur de Pôle-emploi m'a appelé... Et puis j'ai gardé le contact ! Il y aura peut-être un projet de documentaire télé...
On est loin de la politique mais majoritairement on vote RN. Quelque part ça ne m'intéresse pas l'avis des gens. La vision de la politique c'est celle présentée dans les chaînes en continu...


Et les enfants après eux?

 
Ce qui est central c'est la famille. Ce qu'une partie de la gauche a oublié. La cellule de base, de résistance c'est la famille. L'attention à l'autre... par exemple Tanguy le fils de Guillaume qui n'est jamais parti en vacances. Il croit beaucoup au « quand on veut on peut ». Il a eu un BTS et il travaille. Il ne voit pas pourquoi partir en vacances... La question de la mobilité c'est nouveau. Avec la fin des énergies fossiles des questions vont se poser. Leur bilan carbone est meilleur que celui de bien des travailleurs-travellers !
On a critiqué le mouvement des Gilets Jaunes, mais ils ont mis à l'agenda le trafic aérien et le trafic maritime. Ça n'était pas à celui de la Cop 21 !

1. Depuis décembre 2013, les photographe et journaliste espagnols Carlos Spottorno et Guillermo Abril parcourent le monde afin de raconter la crise des réfugiés. Ils ont ramené quelque 25 000 clichés et 15 carnets de notes de leur périple, de l’Afrique à l’Antarctique, des Balkans à la Scandinavie. De cette matière première en partie publiée sous forme de reportages dans les colonnes d’El Pais Semanal (et primée aux World Press Photo Awards), ils ont également produit une bande dessinée tenant du “roman photo”.

2. Sébastien Chenu : membre du Parti républicain, de Démocratie libérale, puis de l'UMP, il participe à la fondation de l'association GayLib, association de défense des droits LGBT au sein de l'UMP. Il est ensuite secrétaire général de ce parti, chargé de la diversité culturelle. En 2014, il rejoint le Rassemblement bleu Marine (RBM), mouvement rattaché au Front national (FN). Devenu collaborateur de Marine Le Pen, il est nommé délégué national du RBM et devient conseiller régional des Hauts-de-France en 2016. Lors des élections législatives de 2017, il est élu député dans la dix-neuvième circonscription du Nord. Il est nommé peu après porte-parole du Front national, devenu Rassemblement national (RN) en 2018. (source Wikipédia)

3. http://fr.forumviesmobiles.org/publication/2014/11/03/presentation-2635



 

 

Rencontre du 9 juin 2019: Jardin botanique de Metz

Rendez-vous au jardin 2019, les animaux au jardin

Jardin botanique de Metz
27, ter rue de Pont-à-Mousson, Montigny-lès-Metz


Lectures  à voix haute au jardin Botanique
À partir de 16h30
Tout public

par l'Association "Lettrés- d'union" 
"Rendez-vous au jardin 2019, les animaux au jardin"
Le dimanche 9 juin
Jardin botanique de Metz
Animations gratuites et dans la limite des places disponibles
Le jardin botanique de Metz est un lieu riche d’histoire, humaine et végétale. Créé en 1802 pour répondre aux besoins d’un  enseignement qualitatif de la biologie végétale et de l’horticulture, il fut déplacé ici, sur le domaine de Frescatelly, en 1867.  Il vous invite, lors de ces RDV aux Jardins.
Stands "Découverte" avec nos partenaires, concert, visites guidées, conférences, animations jeune public, "Jardin des Délices" et Food Truck, tous les ingrédients pour passer un agréable moment en famille ou entre amis !
Programme ici

Rencontre du 16 mai 2019: Anthony Rescigno

hors les murs

au Grand salon de l'Hôtel de ville

jeudi 16 mai à 19h30

en partenariat avec l'association du Fort-Queuleu

conférence

"Le loisir cinématographique en Moselle annexée pendant la Seconde Guerre Mondiale"

par Anthony Rescigno



Pendant la Seconde Guerre Mondiale, la plupart des pays d’Europe voient la fréquentation des salles de cinéma augmenter significativement. 

C’est le cas en France, à Paris, à Lyon, mais aussi en Allemagne ou encore en Autriche. En Moselle annexée par l’Allemagne nazie, 

on assiste aussi à une montée en puissance de l’activité des salles et leur fréquentation atteint des sommets. 

En 1943, Metz devient la ville du Reich où la population se rend le plus souvent au cinéma. Pourtant, comme tous les aspects du quotidien 
de l’annexion, le loisir cinématographique est entièrement germanisé. Aller au cinéma implique donc pour les Mosellans de regarder 
des films exclusivement en allemand dans des salles contrôlées par les services de propagande. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, 
la plupart des pays d’Europe voient la fréquentation des salles de cinéma augmenter significativement. C’est le cas en France, à Paris, 
à Lyon, mais aussi en Allemagne ou encore en Autriche. En Moselle annexée par l’Allemagne nazie, on assiste aussi à une montée 
en puissance de l’activité des salles et leur fréquentation atteint des sommets. En 1943, Metz devient la ville du Reich où la population 
se rend le plus souvent au cinéma. Pourtant, comme tous les aspects du quotidien de l’annexion, le loisir cinématographique est entièrement germanisé. 
Aller au cinéma implique donc pour les Mosellans de regarder des films exclusivement en allemand dans des salles contrôlées par les services de propagande.

Quel est le sens de cette consommation et quels en sont les effets sur le processus de germanisation de la Moselle ? 
Le cinéma constitue-t-il une arme de propagande ou un « simple » loisir voué à divertir les foules ?
S’appuyant sur une reconstitution minutieuse des programmes des salles de Moselle entre 1940 et 1944 ainsi qu’une enquête orale 
auprès de témoins locaux, cette conférence révélera des rapports entre spectateurs et films qui dépassent souvent les questions politiques 
pour rejoindre celles du divertissement, du plaisir et de la nécessité d’échapper à un quotidien coercitif.
Anthony Rescigno est docteur en Arts de l’Université de Lorraine de Metz. Sa thèse consacrée à l’étude du cinéma allemand en Moselle annexée
 a été soutenue en 2017. Il a déjà eu l’occasion de présenter ses recherches à de nombreuses reprises en France et en Europe et a publié plusieurs articles 
consacrés à la Moselle ainsi qu’à l’histoire du cinéma allemand. Lauréat 2018 du prix « Sciences en Lumière », il prépare actuellement 
un documentaire consacré à l’expérience des spectateurs mosellans sous le nazisme.

Parutions-à-retenir




Les éditions Gallmeister rééditent en ce moment Ross Macdonald. Celui-ci est le continuateur fidèle du travail de Raymond Chandler et de Dashiell Hammett, et un des grands noms de l’école « hard-boiled » (dur à cuire). Son détective privé s’appelle Archer, comme l’associé de Sam Spade qui trouve la mort dans les premières pages du Faucon Maltais, filiation revendiquée. Né en 1915, disparu en 1983, Macdonald, Kenneth Millar  de son vrai nom, en a changé parce que sa femme Margaret Millar (1915-1994) s’était déjà fait un nom dans la littérature policière (mais c’est une autre histoire). Après quatre romans sous son vrai nom, il a commencé la série des Archer sous celui de John Ross Macdonald, avant de laisser tomber le « John » pour éviter la confusion avec John D. MacDonald. 
Ses romans méritent de figurer parmi les meilleurs du genre, bien qu’on le connaisse beaucoup moins que les deux maîtres précités. Il en a écrit vingt-cinq en tout, dont vingt mettent en scène Archer. Neuf sont actuellement disponibles. Avec les onze suivants, ils devraient ravir les aficionados de la littérature policière. Ses romans montrent en outre une conscience des désastres écologiques qui menacent l’humanité, comme dans The Underground Man,  dans lequel l’enquête d’Archer se déroule sur fond d’incendies de forêt. Ce dernier n’est pas encore réédité.
Etienne

Rencontre du 17 mai 2019: Monique Canto-Sperber

hors les murs, au Grand salon de l'Hôtel de ville
vendredi 17 mai de 17h30 à 19h 

Monique Canto-Sperber"La fin des libertés, comment refonder le libéralisme"
aux éditions Robert Laffont

Rencontre du 13 juin 2019: Paul, Jean-Paul et Michel


Mardi 13 juin à 18:30
Librairie Autour du monde
44, Rue de la Chèvre, 57 000 Metz

L'association des amis de la librairie Lettrés-d'Union vous invite à une soirée Houellebecquienne avec la complicité de Jean-Michel Wittmann.


Provocatrice, l’œuvre de Houellebecq est aussi éminemment paradoxale, à la fois moderne et désolément traditionnelle voire réactionnaire, sur la forme comme sur le fond. Icône controversée de la littérature contemporaine, il saisit mieux que quiconque la misère actuelle de l’individu dans une postmodernité désabusée, mais il est aussi un romancier d’une autre époque, à qui l’on pourrait reprocher, comme Jacques Laurent le fit pour Sartre en son temps dans un article fameux, de n’être qu’un nouveau Paul Bourget, le maître du roman d’idées au début du XXe siècle.